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La volonté
de limiter les transfusions
Le recours à
la transfusion sanguine se raréfie
au fil des années : il s'agit de
réduire au maximum les risques
de contamination par le sang d'autrui.
La
transfusion sanguine est indispensable
à de nombreux traitements en médecine
et en chirurgie. En France, chaque année,
2.500.000 dons de sang, effectués
par des donneurs bénévoles,
permettent de traiter plusieurs centaines
de milliers de malades. C'est l'hétéro-transfusion
(à partir du sang d'autrui).
Mais, comme tout traitement, la transfusion
peut comporter des risques, malgré
le luxe croissant de précautions
prises. Depuis " l'affaire du sang
contaminé " (années
1983 à 1985), le filet de sécurité
s'est resserré, au point que le
risque de contamination par le virus du
SIDA est devenu pratiquement nul. Néanmoins,
des risques résiduels peuvent subsister,
même s'ils régressent constamment,
sous l'effet des progrès de la
recherche et des techniques.
Les statisticiens, pour qui le risque
zéro n'existe pas, estiment qu'une
infection par le virus du SIDA est statistiquement
envisageable pour un million de transfusions
; s'y ajoutent les risques de contamination
par les virus des diverses hépatites
(1 cas sur 200.000 transfusions, pour
la seule hépatite B), ainsi que
les risques non encore connus aujourd'hui,
mais qui se révéleront peut-être
un jour... En ce qui concerne certaines
hépatites, une vaccination peut
être effectuée avant des
opérations, dès lors que
celles-ci sont programmées suffisamment
longtemps à l'avance.
Ces divers risques, bien que très
minimes, expliquent que le recours à
la transfusion ne se fasse qu'avec parcimonie
aujourd'hui, contrairement à ce
qui a pu se pratiquer naguère.
" On fait de moins en moins appel
à la transfusion post-opératoire,
souligne un anesthésiste de Saint-Gatien.
On a appris les limites de l'anémie
; plutôt que de transfuser systématiquement,
on préfère que les malades
génèrent eux-mêmes
leurs globules rouges. Pratiquement, ici,
à Saint-Gatien, on ne commence
à transfuser qu'à partir
d'un besoin de trois flacons de sang ;
en dessous, on préfère laisser
le malade récupérer lui-même.
"
Résultat : sur les 15.000 malades
hospitalisés chaque année
à Saint-Gatien, un millier reçoivent
des produits sanguins. Quatre ou cinq
fois moins qu'à la fin des années
1980 ! Un transfusé sur quinze
malades, c'est beaucoup par rapport à
certains établissements pratiquant
de la chirurgie courante, mais c'est peu
compte tenu des interventions très
lourdes réalisées dans notre
établissement.
Le recul des transfusions ne s'explique
pas seulement par la crainte des contaminations.
Il est aussi le résultat des améliorations
des techniques chirurgicales qui limitent
les pertes de sang, et qui diminuent d'autant
les besoins de transfusions.
Ainsi, par exemple, bon nombre d'interventions
sur les membres se font sous garrot et
ne nécessitent aucune transfusion.
Par ailleurs, pendant les interventions
les plus délicates, un matériel
utilisé à Saint-Gatien permet
de récupérer une partie
du sang perdu par le malade durant l'intervention,
puis de le lui réinjecter.
Enfin, l'auto-transfusion est recommandée
le plus souvent possible !
L'auto-transfusion
prend la relève
Le principe de l'auto-transfusion est
simple : on prélève du sang
à l'avance sur une personne appelée
à subir une intervention présentant
un risque de saignement important, et
on lui restitue ce sang au moment de l'opération.
Ainsi, chacun devient son propre donneur
! Pas le moindre risque de contamination
par autrui !
Cette technique n'est applicable qu'aux
cas prévus plusieurs semaines à
l'avance. Elle ne peut évidemment
pas concerner la traumatologie : on ne
prévoit jamais l'accident dont
on sera victime !
Comment l'auto-transfusion se déroule-t-elle
? " Un premier prélèvement
est effectué quinze jours avant
l'intervention, explique l'anesthésiste
responsable de l'hémovigilance
(*) à Saint-Gatien. On ne prélève
pas plus tôt car la durée
de vie des globules rouges in vitro est
limitée à 21 jours. Un deuxième
prélèvement est effectué
une semaine avant l'intervention ".
Les prélèvements sont effectués
par le centre de transfusion sanguine
(CTS) le plus proche du domicile du patient.
Le sang ainsi prélevé subit
les mêmes contrôles que les
autres dons, mais il est stocké
à part ; et ne pourra être
utilisé que pour le donneur lui-même.
Prenons l'exemple d'une future opérée
orléanaise. C'est le CTS d'Orléans
qui prélèvera et conservera
son sang, puis qui l'enverra au CTS de
Tours, lequel, à son tour, le transmettra
à la clinique Saint-Gatien au moment
du besoin.
Saint-Gatien
en pointe
" Compte tenu du niveau des interventions
effectuées à Saint-Gatien,
en particulier dans le domaine cardio-vasculaire,
on s'est plié très tôt
et de façon très stricte
aux nouvelles règles de transfusion,
en éliminant en priorité
les produits sanguins les plus dangereux,
c'est-à-dire ceux issus de plusieurs
donneurs ", souligne le responsable
de l'hémovigilance. " On
a poussé très loin la logique
de l'auto-transfusion, y compris pour
les cardiaques. Les contre-indications
qui existaient jusque dans un passé
récent pour ces patients, ont,
pour la plupart, disparu. Aujourd'hui,
grâce aux traitements dont nous
disposons, les malades cardiaques sont
mieux stabilisés avant leur intervention.
Cela permet d'effectuer chez eux des prélèvements
sanguins sans risques ".
(*) Hémovigilance : ensemble des
moyens utilisés pour assurer la
surveillance de l'état du malade
après une transfusion, et pour
permettre au corps médical de remonter
à l'origine de tout incident transfusionnel,
jusqu'au donneur concerné.
Information et
" traçabilité "
Parmi la réglementation relative
à la transfusion sanguine, figure
l'obligation d'informer le malade. Le
document que vous lisez en ce moment y
participe. Il est complété
par une fiche d'information plus détaillée
remise, lors de l'admission, à
tout malade susceptible d'être transfusé
durant son séjour à la clinique.
Cette fiche contient une information sur
les divers produits sanguins, sur les
risques éventuels, et sur la surveillance
post-transfusionnelle.
Lors de la sortie, une lettre est adressée
au médecin traitant pour l'informer
de la transfusion pratiquée sur
son patient, et lui demander de faire
procéder à un bilan sanguin
dans les trois mois suivants.
Autre obligation légale : l'organisation
d'un " dossier transfusionnel "
regroupant tous les éléments
transfusionnels : les antécédents
du malade, la nature et la quantité
des produits transfusés, les numéros
de flacons, le nom du médecin prescripteur
et celui de l'infirmière qui a
réalisé l'acte, le suivi,
etc.
Ainsi, l'hémovigilance a les moyens
d'être efficace, et la " traçabilité
" des produits transfusés
est assurée : en cas de problème,
leur " trace " est vite retrouvée,
et le centre de transfusion qui a fourni
le produit peut rapidement donner l'identité
du donneur. Il est à noter que
l'information et la traçabilité
transfusionnelles sont les mêmes
pour l'auto-transfusion.
" Information et traçabilité
sont indissociables de la prescription
et de l'acte transfusionnel " insistent
les spécialistes
Le prix du sang
En France, le sang est donné gratuitement.
Cette règle ne tolère aucune
exception. En revanche, toute transfusion
est facturée au receveur. Pourquoi
? Parce que, entre le don initial et la
transfusion finale, une importante "
valeur ajoutée " est apportée
par les centres de transfusion sanguine
(CTS).
Des médecins, des pharmaciens,
des infirmières, des laborantines,
des techniciens, des secrétaires
sont indispensables pour faire fonctionner
l'infrastructure chargée d'organiser
les collectes de sang, fournir le matériel
à usage unique nécessaire,
analyser et contrôler chaque don
pour assurer la sécurité,
séparer les divers constituants
du sang pour répondre à
certains besoins spécifiques, puis
stocker et délivrer les produits
demandés par les équipes
soignantes.
Le sang transfusé a donc un prix.
Les tarifs de chaque composant sont publiés
au Journal Officiel. Pour sa part, la
clinique Saint-Gatien achète au
centre de transfusion selon le barème
officiel, et refacture exactement le même
montant à ses patients.
La fourniture du sang est remboursée
par la Sécurité sociale
au même taux que les autres prestations
maladie.
En France, la transfusion sanguine est
donc le fruit d'une double solidarité
: d'abord celle des donneurs bénévoles
qui effectuent un geste de générosité
fondamentale et irremplaçable,
ensuite celle de la collectivité
nationale qui en assume le coût
à travers la Sécurité
sociale... Deux raisons qui expliquent
le " respect " que lui portent
tous ceux qui la prescrivent.
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